Printemps Été

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dimanche 22 mai 2005

Jardin philosophique

oeillet des montagnes
Le geste accompagne la pensée. Dans le geste de planter, la pensée s'enracine. Il est absurde de séparer intellectuel et manuel, esprit et corps. La main, le corps, pensent.
Un jardinier attentif est un philosophe. Il appréhende par le sensitif les questions fondamentales de la vie et du temps.
Nos pensées s'encrent de terre.

vendredi 20 mai 2005

Treille


Une treille, dans une maison aimée du midi : le plaisir de laisser s'égrener les heures sous une tonnelle ombragée, entre discussions animées ou silences dégustés. Toujours la convivialité.

mercredi 18 mai 2005

Ecrire (2)

André Breton : Les écrits s'en vont. Clair de terre

Le satin des pages qu'on tourne dans les livres moule
une femme si belle
Que lorsqu'on ne lit pas on contemple cette femme avec tristesse
Sans oser lui parler sans oser lui dire qu'elle est si belle
Que ce qu'on va savoir n'a pas de prix
Cette femme passe imperceptiblement dans un bruit de fleurs
Parfois elle se retourne dans les saisons imprimées
Et demande l'heure ou bien encore elle fait mine de
regarder des bijoux bien en face
Comme les créatures réelles ne le font pas

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samedi 14 mai 2005

Conjugaison

Une partie de ma matinée s'etait passée à conjuguer le verbe être - car on venait d'inventer un nouveau temps du verbe être.

André Breton. Clair de terre.

Comment conjuguer ce nouvel être ?

jeudi 12 mai 2005

Langage et différenciation

Noms et formes sont équivalents.
Nommer, c'est découper la réalité, introduire des délimitations et ainsi manquer l'absolu. C'est parce qu'il y a langage qu'il y a démarcation. Une vraie discussion est en fait une discussion où l'on ne parle pas. La parole est au silence ce que le manifesté est à l'indifférencié. De même que l'indifférencié n'est pas conçu négativement comme néant ou absence de tout existant, le silence n'est pas conçu comme mutisme ou absence mais au contraire comme un au-delà de la parole : ce que la parole ne peut pas exprimer. [1]

Ainsi du bourgeon.
Il faudrait dire une naissance, mais qui ne serait pas ex nihilo, il faudrait exprimer la naissance issue de l'hiver, de la force de l'hiver dans l'arbre.
Ainsi de l'homme et de sa mémoire. Vivre l'instant de bonheur dans sa fulgurance, mais cet instant-là n'est-il pas porté aussi par le doute, l'absence ? Ce n'est pas la continuité; ce n'est pas la discontinuité. Peut-être est-ce simplement l'idée de la germination ; le travail des forces souterraines. Vivre intensément l'éclatement du germe.
La sagesse serait alors de vivre aussi intensément l'attente ou le repli que l'éclosion du germe.

[1]source : Anne Cheng. Histoire de la pensée chinoise. p.333

lundi 9 mai 2005

Capter

lumière verte



En montagne, la forêt progressivement se pare de printemps.

Le vert premier, incomparable de délicatesse et de clarté, se décline en nuances subtiles au gré des essences et des expositions.
J'aime le jeu de lumière tamisée dans le feuillage nouveau ;
mais mon appareil numérique est inapte à le capter.
J'ai beau faire des dizaines d'essais, aucune photo ne rend la subtilité de la lumière traversant le vert tendre.
Tant pis (ou tant mieux ?) pour les pixels, je l'imprime directement dans ma mémoire sensorielle, ce stimulus me diffusera de l'énergie pour ma semaine laborieuse et citadine.

















dimanche 8 mai 2005

Se mettre au vert

la foret

mardi 3 mai 2005

Guetteur immobile

lézard

Regard aiguisé
l'attente se fait active
lézard en minéral.

mardi 26 avril 2005

Tao

Délicat mais résistant, le frêle narcisse survit mieux aux attaques de la neige que l'imposante fritillaire affichant sa superbe.
Grâce du minuscule, être dans l'infime, intensément au coeur des palpitations du monde.

Ainsi le Tao :

Qui se plie restera entier,
Qui s'incline sera redressé,
Qui se tient creux sera rempli,
Qui subit l'usure se renouvellera,
Qui embrasse peu acquerra la connaissance sûre,
Qui embrasse beaucoup tombera dans le doute.

Narcisse, apres la neige

jonquille, apres la neige

lundi 25 avril 2005

Éclat

fritillaire

D'un jour à l'autre

La mésange, fébrilement, dans une ronde incessante, construit son nid à l'aube du printemps.
Quelque soit l'âpreté des conditions extérieures, la force irrépressible de la vie à l'oeuvre.
Le printemps n'est que la mise au jour du flot de vie déjà perçant intensément sous le dernier joug de l'hiver. Labour des profondeurs, travail de l'ombre.
Accepter le temps en nous ?

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jeudi 21 avril 2005

Écrire (1)

Rainer Maria Rilke : Lettres à un jeune poète.

Il vous faut laisser chaque impression, chaque germe de sentiment s'acomplir en vous, dans l'obscur, l'indicible, l'inconscient, le domaine inaccessible à votre propre intelligence et attendre avec une humilité et une patience profondes l'heure de la naissance d'une nouvelle clarté : cela seul est vivre pour l'art, qu'il s'agisse de comprendre ou de créer.
Le temps, ici, ne sert pas de mesure, une année, ici, est sans valeur et dix années ne sont rien; être un artiste c'est ne pas calculer ni compter, c'est mûrir comme l'arbre qui ne presse pas sa sève et affronte tranquillement les tourmentes printanières sans craindre qu'ensuite un été puisse ne pas venir. Or il vient. Mais il ne vient que pour les patients qui, sans souci, attendent aussi tranquilles et ouverts que s'ils avaient l'éternité devant eux.

Je relis avec bonheur ce beau texte de Rilke. C'est cela aussi avancer dans la vie, c'est relire des textes et leur trouver une résonance nouvelle.

mercredi 13 avril 2005

Passage

feuille

Traces d'automne
Eau de vie
Comment résister au courant de la nostalgie ?

mardi 12 avril 2005

Bientôt l'éclat

bourgeon
Tendu dans une attente heureuse

lundi 11 avril 2005

Lundi matin

Etendues neigeuses
Sur les contreforts de la Chartreuse
La nature est-elle heureuse ?

Tu es pressé d'écrire,
comme si tu étais en retard sur la vie
Si l'en est ainsi fais cortège à tes sources
Hâte-toi
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
Effectivement, tu es en retard sur la vie.

René Char. Moulin premier, Commune présence.



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